Accueillir ses émotions

La première fois que j’ai entendu parler d’accueillir des émotions, c’était avec un livre qui abordait l’éducation des enfants (Au coeur des émotions de l’enfant de Filliozat). C’est vrai que nos enfants, surtout les plus petits, ne savent pas garder leurs sentiments de frustrations, colère, impatience, etc., et ils nous les envoient de façon plus ou moins mesurée. Notre ainé et notre petite dernière ne sont pas très mesurés dans ce domaine, aïe, aïe, aïe. Autant que possible, j’essaie d’accueillir leurs émotions et sentiments, que cela me semble justifié ou non. Mon impatience et le cumul de leurs frustrations prennent le dessus parfois, il y a donc des ratés, mais c’est une de mes prises de conscience et de désir de maman. Je veux qu’ils sachent que leur peine, leur douleur (qu’elle soit physique ou émotionnelle) est entendue.

Il y a trois semaines, j’ai vécu un temps de dévoilement d’un gros dossier dans ma vie. Je vous le partagerai certainement un jour, ce n’est pas le but de cet article. Mais cet éclairage sur ma vie a apporté un autre dévoilement sur d’autres fonctionnements inconscients. L’un d’eux étant que je ne m’écoutais pas assez.

J’ai réalisé que je n’accueillais pas pleinement mes sentiments et émotions. Je ne gardais pas tout pour moi, je pouvais en partager une partie à mon mari ou à des amis. Je ne me cachais pas tout à moi-même non plus, j’avais conscience de certain(e)s agacements/frustrations/peines/colères/sentiment d’injustice. Mais il y avait aussi cette voix qui voulait temporiser, raisonner la chose avec un « Ce n’est pas grave/important », « Passe à autre chose, ça ne t’apporte rien de bon de ressentir ça », voire pire « C’est de ma faute ». Et même un mécanisme inconscient de « passage à la trappe ». Et cette voix, c’était la mienne.

Lors d’un temps d’intériorité, des souvenirs sont remontés où j’avais été blessée, physiquement et/ou émotionnellement. Certains dont je me souvenais, d’autres qui m’étaient révélés. À ce moment, j’ai senti que ces événements avaient créé des marques dans mon être (corps et coeur). Et j’ai spontanément pardonné aux gens concernés. Une partie de moi semblait encore trouver que ce n’était pas important et/ou que c’était du passé, et l’autre savait que c’était nécessaire de le faire. Finalement, rien de bien nouveau, ce n’était pas là une nouvelle révélation. La révélation, c’était de comprendre que sur toute ma vie de femme de 37 ans, j’avais vécu beaucoup d’émotions négatives que j’avais refoulées et qui n’avaient pas reçu l’écoute dont il y avait besoin. Pas seulement l’écoute de mes parents, ou de mes amis, ou même de Dieu. Non, une écoute par moi-même. J’avais étouffé une partie de mes sentiments et ils n’avaient pas pu être libérés, et moi non plus. C’est comme tout un tas de blessures qui n’ont pas pu cicatriser.

Est-ce que tout ces sentiments étaient justifiés ? Certains oui, d’autres peut-être que non. Est-ce qu’ils doivent pour autant être « éteints » avant d’être entendus ? Non, si tu les ressens, alors il faut les accueillir de la façon dont ils se présentent. Si Eléanore se met à terre en hurlant car je lui ai pris mon téléphone (exemple vécu), du haut de ses 20 mois c’est une énorme frustration qui amène de la colère. Si je me place en tant qu’adulte qui veut lui faire comprendre qu’elle n’a pas à avoir de la colère, car c’est normal qu’à son âge elle n’utilise pas mon téléphone, elle ne va pas le saisir. Si je lui crie dessus pour qu’elle arrête d’hurler, ça ne va pas aider non plus. Si je l’ignore, elle ne se sentira pas entendue dans une émotion pourtant sincère et réelle. Elle a besoin d’être vraie face à son émotion et de recevoir mon écoute.

Après mon expérience d’intériorité à ce sujet, j’ai lu un livre-témoignage qui explique justement ce processus, histoire de renforcer le principe auquel je m’ouvrais pour ma vie. L’homme qui raconte son histoire (When God becomes real – Brian Johnson), faisait de grandes crises d’angoisse et de panique. Après plusieurs mois sans issue, Dieu lui a révélé qu’il avait toujours ignoré ses blessures, qu’il avait toujours évité les gens avec qui il y avait un possible conflit et tout le non-pardon qu’il y avait dans son coeur par rapport à des situations. Son corps lui faisait ressentir le poids de ce qu’il avait gardé et il ne le contrôlait plus. A partir du moment où il a accueilli ses sentiments refoulés, ou il a pardonné, la guérison intérieure et physique est venue.

Dieu sait que comme Eléanore, nous n’avons pas toujours la maturité pour comprendre si une émotion est justifiée ou non, en fonction de l’événement et de notre état de croissance. Il veut avant tout que nous puissions accueillir nos propres émotions comme elles le sont vraiment. Et le laisser nous guider pour gérer ça avec lui. Quand je me penche vers Eléanore et que je lui dis, « Je sais que tu es frustrée, que tu voulais garder le téléphone et que c’est difficile. Est-ce que tu veux un câlin ? ». Parfois elle a besoin de plus de temps pour exprimer sa colère (beaucoup plus de temps… soupir). Mais elle finit toujours par venir dans mes bras pour chercher le réconfort et l’apaisement. Puis, elle passe à autre chose. Elle n’a pourtant pas compris toute mon explication ! Dieu veut faire la même chose avec nous. Dans un temps avec lui, laisse remonter tes émotions quand elles arrivent. Exprime ta colère/frustration/déception en toi-même. Elle n’est pas censée être exprimée violemment aux autres… Dans certains cas, c’est nécessaire d’en parler avec le/la concerné(e), mais je recommande de la régler avec Dieu avant, ça fera moins de dégâts (expériences vécues aussi). Laisse remonter en toi ce que tu ressens sans essayer de te raisonner à coup de « Tu n’es pas censé ressentir ça, mûri ! ». Et puis Dieu, avec tout son amour nous dira : « Je sais que tu es blessé, que ça te fait souffrir, maintenant je te montre le chemin ». Le chemin sera souvent en lien avec le pardon, mais il y a d’autres choses qui peuvent remonter, comme dans le témoignage que je vais vous raconter et qui m’a amené à plus de croissance.

J’avais une amie très importante pour moi. Nous avons vécu beaucoup de belles choses et années ensemble et quand je regardais l’avenir, je ne voyais pas ma vie sans elle. Et puis, il y a eu quelques événements que je n’ai pas trop compris et de sa part un éloignement. J’ai tenté pendant plusieurs années de maintenir une certaine relation, et je devais essuyer des non-réponses à mes messages ou des refus pour qu’on se voie, et même si c’était difficile pour moi à recevoir, je les amoindrissais. Elle n’était pas fâchée contre moi, selon ses dires. J’ai quand même fini par prendre sur moi et arrêter de la contacter en me disant « Tant pis », non sans déception. Ces dernières années, il m’arrivait pourtant de rêver d’elle. Parfois, elle revenait vers moi pour retrouver une amitié, mais bien souvent elle m’ignorait ou me rejetait clairement. Alors plusieurs fois, j’ai prié sincèrement Dieu pour entrer dans un deuil de cette relation. J’avais l’impression que si je continuais à rêver d’elle c’est que je n’arrivais pas à faire un trait sur cette amitié et ce que j’en avais espéré pour nos « vieux jours ». Ces dernières semaines, les rêves se faisaient plus fréquents, à mon grand agacement. Je voulais être libre de cette relation ! La semaine dernière, une nuit après un de ces rêves, j’ai de nouveau prié sincèrement pour faire le deuil. Et il y a eu ce sentiment de blessure qui est monté. Je l’ai accueilli sans un « Ça ne devrait pas être important ». Pour être vraiment libre de cette relation, je devais lui pardonner de m’avoir rejetée. Parce que, de son point de vue, ce n’est peut être pas ce qu’elle a voulu produire, mais c’est le vrai sentiment que je me refusais à ressentir. La peur du rejet était chez moi un dossier sensible. Je me souviens que si j’étais appréciée par tout un groupe de personnes, me savoir non appréciée d’une seule pouvait tout gâcher. Je voulais être aimée par tout le monde sans exception et ne jamais ressentir le rejet. Parce que je le comprends aujourd’hui, qu’on me rejette venait toucher à mon identité. Je ne suis pas « assez » … pour être aimée ? J’ai ressenti beaucoup de paix cette nuit-là en accueillant cette blessure et en pardonnant. Le lendemain, j’ai envoyé un email pour demander pardon à cette amie. Parce qu’en effet, j’avais essayé de maintenir une relation sur laquelle elle avait peut-être voulu tourner la page. Alors que moi, même si j’étais sincèrement peinée de la perdre, il y avait une petite partie inconsciente qui ne voulait pas accepter d’être rejetée et qui donc s’accrochait. J’ai pu lui dire que j’avais enfin accepté la fin de cette amitié. Je l’ai supprimé de mes relations sur les réseaux sociaux, sans aucune racine de colère ou de frustration, juste comme la continuité d’une prise de conscience. J’ai compris que je ne devais plus avoir peur d’être rejetée. Oui, Dieu veut nous faire croitre au travers de nos émotions et mettre plus de lumière dans nos vies.

Quelques jours après, une personne que je ne connais pas, mais que j’apprécie beaucoup et que je suis sur les réseaux sociaux, écrit une expérience similaire avec un rêve qu’elle fait souvent où elle est rejetée et où elle fuit ses sentiments de rejet et de tristesse. Dans un temps de méditation, elle s’est sentie invitée à l’accepter. Elle a ressenti le rejet dans son corps en disant à voix haute : « J’accepte mon rejet, j’accepte mon rejet, j’accepte mon rejet ». Puis une vague de paix est venue l’envahir. Ça mettait beaucoup plus de lumière sur ce que j’avais vécu.

Accueillir ne veut pas dire ressasser, laisser l’amertume ou la colère prendre le dessus et s’y accrocher. C’est les écouter vraiment et les abandonner en Dieu.

Jésus est un bon exemple, une fois de plus. Qu’a-t-il fait sur la croix ? A-t-il ressenti de la tristesse ? Certainement. A-t-il ressenti le rejet ? Certainement (et il n’y avait pas de raisons justifiables à être rejeté puisqu’il a manifesté en toutes circonstances sa parfaite identité). Qu’en a-t-il fait ? Il a pardonné. A-t-il étouffé ses sentiments ? Certainement pas. Il dit même à Dieu « Pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Il ne l’a pourtant pas été… Mais il accueille ses sentiments et il les confie au Père. Puis, il lui dit : « Père, je remets mon esprit entre tes mains ».

Alors accueillons-les pendant nos temps de méditation ou quel que soit le moment où ils arrivent (ça m’arrive régulièrement la nuit). Pardonnons (et demandons pardon), confions ces émotions et ces sentiments à Dieu et laissons notre esprit se reposer en Lui.

Cet article était un peu long. Pour moi, il va dans la continuité d’un sujet abordé sur la Cité transparente. Soyons transparents avec nous-mêmes ! Je vais continuer de mon côté mon exploration intérieure et laisser remonter à la surface ce qui a besoin de l’être, sans faire d’introspection non plus, mais sans étouffer, pour plus de liberté.

12 réponses sur “Accueillir ses émotions”

  1. Merci pour l’ouverture de ton cœur et qui m’appelle d’autant plus à approfondir… Car une porte a été ouverte le week-end dernier et j’ai de quoi faire… 😉
    Des bisous à vous tous et trop hâte de vous revoir ☺️ 😘

  2. Oh ma Claire chérie ! Si tu savais combien ton billet fait écho dans nos coeurs ! Merci infiniment de nous partager ce que tu vis et découvre sur ce chemin de l’intériorité, et cela avec toujours autant d’authenticité, de transparence comme tu le dis si bien 😉
    Tes témoignages sont toujours si inspirants et constructifs…
    « Accueillir ses émotions », tout un programme ! Et de notre côté, il y a tant de choses à dire et à vivre aussi sur le sujet ! Un gros dossier pour nous, 😉 !
    Bises à tous, à très bientôt 🙂

  3. Merci pour le partage Claire, ça fait vraiment du bien !

    C’est drôle, je réfléchissais justement à ce sujet hier et je me suis fait le même genre de réflexions que toi ! 😉 Il y a certaines émotions qu’il est parfois difficile d’affronter, d’autres qu’on ne s’autorise pas vraiment à ressentir, alors on les refoule, plus ou moins consciemment… Mais je crois que le fait d’étouffer ses sentiments finit par créer un climat suffocant (à la fois pour nous et pour les autres). J’ai remarqué que quand je suis honnête avec ce que je ressens, quand je regarde mes émotions en face (les émotions négatives en particulier), même si ça fait mal sur le moment, je me sens toujours plus libre après. J’accepte de les traverser avec Dieu et Il les utilise pour m’apprendre plein de choses sur moi-même et sur les autres.

    Ce que tu racontes à propos de ton amie me touche beaucoup, j’aurais pu écrire quasiment la même chose à propos de ma relation avec mon amie d’enfance… On était vraiment très proches toutes les deux, on se connaissait depuis la maternelle et on se vantait de ne s’être jamais disputées depuis notre rencontre ! En fait, on idéalisait beaucoup notre amitié, du coup on ne parlait jamais de ce qui n’allait pas entre nous, on refusait de faire face aux problèmes pour préserver une illusion d’harmonie, une certaine image d’amitié « parfaite ». Au final, on voulait préserver notre relation, mais on l’a étouffée : les non-dits et les frustrations se sont accumulés et se sont transformés en une sorte d’amertume qui a sérieusement endommagé notre amitié… Ça a été très compliqué, mais après plusieurs années, on a pu mettre les choses à plat et se demander pardon mutuellement. C’était très libérateur ! J’espérais qu’on puisse recommencer à se voir régulièrement après ça, mais elle n’en avait plus très envie. Même si je comprenais et respectais son choix, j’étais aussi très déçue… Le sentiment de rejet a été difficile à gérer pour moi, en partie parce que je prétendais qu’il n’existait pas, que je ne me sentais pas blessée… Mais à partir du moment où j’ai décidé d’être honnête avec moi-même par rapport à tout ça, j’ai commencé à sentir Dieu restaurer plein de choses en moi qui avaient été abîmées suite à cette expérience…

    Bref, l’authenticité (envers nous-mêmes et envers les autres), ça peut faire un peu peur, mais je crois que c’est très libérateur et que ça nous permet d’avancer ! 😊

    Bises à tous ! 💖

  4. Bonjour Claire .
    Ce que je viens de lire en ce moment me touche, me bouscule, et me réjouit profondément !
    Je n’arrive pas à exprimer sur ce blog ce que j’ai dans mon cœur, mais saches que je te comprends, et je t’entends bien à 300% !
    Ton témoignage est une réponse à mes questions qui me turlupinaient depuis plusieurs mois !
    Accepter le rejet était quelque chose qui m’a semblé durant un long moment difficile voir impossible .
    Nous apprenons et apprendrons encore dans notre marche avec Dieu au fur et à mesure de notre avancement…
    Bon je te laisse , je vais prendre un café avec ma tendre épouse.

    PS: j’aime ta sincérité, je crois personnellement que l’on peut bâtir une relation amicale durable en étant vrai(e).
    A plus tard.

    1. Merci Jean.
      Oui, c’est une marche ! Le fait de faire des choix à contre courant, on apprend finalement à ne plus être accepté par tous.
      Etre rejeté par des inconnus ou de simples connaissance était devenu aisé, par contre c’était et est encore sensible avec les gens que j’affectionne 🙂
      Et oui, je crois aussi aux relations amicales durables, même en étant vrai (parfois on garde des amitiés en omettant d’être vrai, comme l’a témoigné Séverine dans son témoignage)
      Merci pour tes gentils mots.

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