Notre « Je Suis » ?

« …Car si vous ne croyez pas que je suis, vous mourrez dans vos péchés…Lorsque vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous connaîtrez que je suis » (Jean 8:24;28)

(Accrochez-vous, ça peut valoir le coup…)

Nous avons deux lectures possibles lorsque Jésus déclare littéralement qu’il est « Je Suis ». (Et non pas traduit habituellement « ce que je suis »)

La première dépend du créneau théologique scellé au concile de Nicée (325 ap JC) : Jésus est aussi Dieu « YHWH » avant son apparition en chair et pendant. Ainsi sa déclaration du « Je Suis » n’est donc qu’une assertion « logique » de son titre de l’Eternel, et sans lien direct avec notre humanité.

La deuxième lecture possible est que Jésus « fils de l’homme » avait saisi pour lui-même le « Je Suis » de son identité première, celle dans l’esprit, au-delà même d’être un fils de charpentier, dans la chair. Cette perpective concorde avec l’insistance de Jésus tout au long de son ministère à s’assimiler au « fils de l’homme », représentant et descendant de l’Humanité véritable !

Et si au sein de notre humanité renouvelée en lui, nous portions tous l’empreinte du « Je suis » ? Et si « Celui qui Est » était l’unique vie et conscience même de notre être, car en dehors du « JE SUIS », Dieu lui-même, il n’existe fondamentalement aucun autre « je suis». Lorsque nous sommes déclarés fils et filles de Dieu en Christ, n’est-ce pas la formulation la plus profonde pour définir l’engendrement de Dieu ? Pourrions-nous croire que nous ne sommes ni plus ni moins les engendrés de Dieu, expressions du « Je suis », Christ en nous et en tant que nous ?…

Lorsque Jésus peut affirmer « Avant qu’Abraham fut, je suis » (Jn 8:58), imaginons nous un peu la portée de cette confession pour nous-mêmes, sans uniquement et trop courtement la reporter à l’identité particulière de Jésus. Pourrions-nous concevoir un jour expérimenter une telle réalisation pour nous-mêmes ? Nous n’aurions alors comme origine et finalité, rien de moins que l’éternité, et pas « uniquement » une éternité postérieure mais également une éternité antérieure ? Notre naissance physique serait-elle alors une expression physique de notre existence éternelle en Dieu ? Et si notre mémoire faisait défaut (comme si nous ne le savions pas déjà…) et que nous avions de beaucoup réduit notre existence d’avant ? Et si la connaissance nouvelle n’était que la connaissance ancienne de nos jours, de notre origine dévoilée et rachetée par Christ ? (Ps 22:28, Mt 13:52, Ps 87)

La révélation du « Je suis » pour Jésus était la porte ouverte à recevoir la glorification qu’il possèdait déjà avant la fondation du monde : Christ (Jn 17:5). N’avons-nous pas reçu cette glorification ? D’être avec Lui, là où il est désormais ? Mystérieusement, la glorification n’exprime pas seulement le revêtement du céleste mais également la réalisation de notre éternité avant même la fondation du monde !

Dieu qui se présente lui-même « Je suis » est la nature première de notre humanité renouvelée. Notre vie est cachée avec Christ en Dieu (Col 3:3, Ga 2:20). Notre petit « je suis » est appelé à percevoir sa nature réelle et cachée, son grand « JE SUIS ». Jésus est celui qui a traversé la mort du petit « je suis » pour restaurer notre grand « JE SUIS ».  Jésus Christ est l’expression vivante et révélée du « JE SUIS » de notre existence. L’oeil Unique dont parle Jésus est cet éveil unique au seul « JE SUIS », Dieu. Comme Paul l’avait saisit pour lui même : Christ en nous – « non plus moi, mais Christ qui vit en moi ».

A méditer, goûter, et expérimenter pour nous-mêmes ! (A lire aussi : Le véritable « JE SUIS »)

8 réponses sur “Notre « Je Suis » ?”

  1. Comme tu semble me provoquer, alors je réplique par des interrogations ;p (intentionnellement provocatrices :))

    Notre identité en tant que JE SUIS, implique t’elle que notre UNIQUE identité est JE SUIS ?
    Quel en serai l’implication « ici bas » et « la haut » > si on passe par la mort je veux dire ?

    – Celà voudrai t’il dire que NOUS SOMMES Dieu qui aurai choisi d’oublier son identité ici afin de jouer à un petit jeu ? (Est ce Dieu qui regarde à travers nos yeux ?)

    -Est ce que le petit « je suis » une simple illusion ? Qui une fois passé outre ferai de nous le seul JE SUIS ?

    1. Ah ah, pas d’intentions de provocations 😉 pas besoin de ça pour que certains se sentent provoqués ;-))

      Plus sérieusement… d’abord ça dépend par ce que tu entends par identité ? Nous personnifions forcément cette réalité première de notre vie qui est « Je Suis ». Jésus n’est pas le même homme que Pierre, ni Paul, ni Jean et pourtant ils partagent la même nature intrinsèque et fondatrice à leur être : Celui qui Est.

      Sans forcément mettre la mort physique dans l’équation, ici bas (comme tu dis) n’est qu’une perception réductrice et différente de la réalité d’en haut. Ce qui peut évoluer c’est l’alignement du terrestre avec la vérité du céleste.

      Une image que j’apprécie beaucoup que tu connais certainement… C’est la comparaison entre les vagues et la mer. Les vagues ne sont que des prolongements individuels de la globalité de la mer. Cela ne nous viendrait pas à l’esprit de vouloir différencier une vague de la mer en terme d’identité, de nature, de substance et pourtant la vague possède toutes ses caractérisques particulières.

      Enfin, je te répondrai par une autre question. Qu’est ce que veut vraiment dire être le seul JE SUIS ?…Est ce que cela a même du sens d’imaginer Dieu tout seul ? 😉 Je ne pense pas…

  2. Aucun soucis Fabien, c’était une boutade 😉

    En fait je fait référence au fait qu’un certain courant philosophique appelé le « monisme » tendrais à dire que Dieu seul existe, et que ce Dieu s’est fabriqué des petits « avatars » que nous sommes pour jouer à un jeu et oubliant Sa propre mémoire Il essaye de vivre la vie terrestre en fessait évoluer sa propre conscience pour se rappeler que qui IL EST. En gros le petit « Je suis » (false-self / ego) ne serai qu’une illusion pure et simple et que si on retire ça il ne reste QUE DIEU (le grand JE SUIS).
    Ce qui pour moi est contraire à la révélation donné dans les écrits biblique et encore plus au christianisme qui reste une spiritualité dualiste relationnel… qui dit relation dit forcément 2 personnes distinctes.
    De plus si on prends en compte la longue tradition de visitations, d’expériences d’individualité de personnes « après la mort », cela contredit le monisme pour qui l’individualité après la mort n’existe pas et le petit « Je Suis » disparait et ce qu’il reste « JE SUIS » est réintégré dans la source de tout.

    Donc OUI, Dieu et l’Homme sont en union par le Christ néanmoins je ne peux pas dire que je suis Dieu car il reste une distinction de personne.

    J’essaye juste de saisir la pensée de ce billet car il y a une mince différence quand à l’expression écrite, mais la conséquence théologique est énorme 🙂

    Dieu a t’Il créé, ou est t’Il capable de créer, des personnes distinctes de Lui-même ?

    1. Non bien sûr pour moi le monisme se rapproche plus d’une compréhension presque hindouiste. Là n’est pas le sens de cet article.
      Déjà à la base, le sujet sans être médité et éclairé dans la présence de Dieu est forcément stérile si on attend simplement une précision de langage.
      Le problème est toujours le même, en même temps la relation en Christ est simple mais lorsque nous tentons de la disséquer avec des mots elle ne peut être résumée en théologie dualiste ou non dualiste. Les mystiques parlaient souvent d’une unité non dualiste bien que sans confusion.

      En fait la question est au delà de chercher qui est qui, puisque Jésus lui même priait que nous soyons tous un comme lui l’était avec le Père. Parce que c’est une évidence que les individualités que nous sommes du « JE SUIS » possèdent leur propres couleurs et personnifications. Des auteurs chrétiens comme Norman P.Grubb (missionnaire) parle de cette spontanéité de conscience de Dieu lorsque nous arrêtons de chercher à séparer notre moi de Dieu. En d’autres terme de devélopper l’illusion d’une indépendance de notre moi comme si nous pouvions être en dehors de Dieu.

      Lorsque Paul dit que nous avons le mouvement, l’être et la vie en Dieu, il résume bien cette transmission de Dieu Lui même en ce que nous observons être notre mouvement, notre vie et notre être. Paul avait saisi qu’il vivait Christ, il vivait Dieu. C’est par la foi, on pourrait aussi dire par la conscience du fils de Dieu (Christ) que Paul vivait.

      En Christ Dieu créé en engendrant. Il engendre des fils (filles) de Dieu, des personnifications de son image, de sa nature, de son essence. Dieu ne joue pas à un jeu, il manifeste notre individualité sans rien nous retirer de ce qu’Il Est et a. Ce que tout parent souhaiterait faire à son enfant par amour. Nous sommes des expressions de Dieu, tous des facettes différentes et personnifiées de Christ. Jésus pourra dire que celui qui l’a vu, a vu le Père. Nous avons trop imaginé un Dieu qui n’a pas besoin de nous, et c’est faux. Dieu a besoin par amour de ses fils et filles pour manifester tout ce qu’Il est.

      La dépendance est la conséquence de l’union divine, et l’union ou l’unité divine implique de cesser la séparation consciente entre ma vie et Sa Vie. C’est l’Evangile de Christ. « Non plus moi, mais Christ qui vit en moi » (Ga 2:20) Notre nouveau moi est Christ se manifestant en notre individualité.

      Cet article n’exprime pas un courant philosophique ou spirituel en particulier, il reflète et livre seulement mes expériences et réflexions 😉

  3. Sujet passionnant et vital au plus haut point, merci Fabien!
    Petites références à la Parole de Dieu:
    -“la vie éternelle c’est connaitre (de la manière la plus intime à la manière d’une relation qui engendre des enfants) le seul vrai Dieu et Son Fils Jesus Christ “(Jean 17:3).
    -Jesus nous a connu/choisi (en Lui, Eph 1:4) avant notre naissance/la fondation du monde. (et même avec Rom 8:29: prédestinés pour être conformes à l’image de Son Fils: utile pour le deuxième point identitaire plus bas)
    -“Celui qui a le Fils, a la Vie”(1Jean 5:12)
    => l’éternité n’est donc pas une assurance contre le feu avec une vie éternelle qui commence après la mort comme beaucoup l’enseignent ou le pensent(tu avais fait un super article là-dessus Fab), mais elle commence quand la connaissance de Jesus est initiée, nourrie et approfondie. Elle commence donc “ici-bas” dès lors qu’on a Jesus(qu’on l’a accepté et reçu comme Seigneur et Sauveur de notre vie), pas avant a priori… L’éternité est notre réponse positive par la Foi et la relation personnelle entretenue en Christ, à ce qu’il a restauré et disponibilisé par la Grâce(tout comme le Salut…).

    -“As He is in Heaven, so are we in This world”(1Jn 4:17)
    -We are His body: je suis donc Ses bras, Son cœur…Ses yeux(oui donc pour ta question cher Kevin!)
    -Une révélation de ma femme sur ce deuxième point identitaire: we are sons of God, and sons of man…: just like Jesus!

    Merci d’exister,
    Jainil

    1. Merci Jainil.
      J’aime beaucoup la traduction araméenne du verset Jn 3:3, où ce n’est pas traduit naître d’en haut, mais naître « depuis les origines, depuis le commencement » ! Lorsque nous saisissons Christ, c’est comme si nous naissions à notre identité éternelle. Tout comme un bébé dans le ventre de sa mère existe déjà dans le ventre de sa mère, mais c’est seulement lorsque la poche des eaux est percée et que le bébé sort qu’il rejoint alors son environnement « normal » de vie à expérimenter !

  4. Wouah cher Fabien, encore pas mal de « grain à moudre » avec ce billet ! 😉 En tout cas, en ce qui me concerne, encore de quoi méditer et réajuster ma vision.
    Je voulais surtout dire qu’une notion que tu abordes m’a carrément impactée et que ça a été LA révélation ! C’est le sujet de l’éternité, la façon dont on la perçoit, et je dois bien avouer que je n’en avais qu’une conception « postérieure » comme tu dis !
    Du coup, alors que je méditais là-dessus, je tombe sur Jérémie chapitre 31 verset 3 : « Je t’aime d’un amour éternel » (il fallait bien que je ramène tout ça à l’amour, vous me connaissez maintenant ;)), et là, paf ! Ça prend tout à coup un sens inédit pour moi. Si « éternel » ne veut pas simplement dire « pour toujours à partir de maintenant », mais bien « pour toujours et DEPUIS toujours », alors ça veut dire que Dieu m’a aimée bien avant que je « sois » physiquement, et qu’avant d' »être » physiquement, j’étais déjà, j’existais déjà (je ne sais pas sous quelle forme, mais pour aimer, il faut bien un objet à cet amour, donc j’étais déjà et Dieu pouvait déjà m’aimer) ! On pense souvent à l’éternité en termes « d’après », mais rarement à ce qui était déjà avant. D’ailleurs, dans l’Écclésiaste chapitre 3 verset 15, on peut lire : « Ce qui est à déjà été ». 😉
    En tout cas, je sais que ma place a toujours été, est et sera toujours dans le cœur de Dieu (et Lui dans mon cœur) !
    Bises à tous ! ❤️

    1. Chouette apport chère Stéphanie 😉 Merci ! Oui l’éternité est en fait indivisible… elle est aussi notre identité !

      Ça me refait penser à une anecdote d’hier avec Laël… Au cours d’une discussion avec sa grand mère (qui nous a encore rejoint… ;-)) elle expliquait qu’elle « aurait pu » ne pas rencontrer mon papa… Et Laêl réagit en disant « ah bah j’aurai quand même existé un… ». J’ai trouvé ça drôle qu’à son âge naturellement c’est impossible de croire qu’on pourrait « ne pas être ». J’ai d’ailleurs confirmé son dire 🙂

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